Interdiction des essais nucléaires

Le régime international de détection des essais nucléaires en cours de constitution est fondé sur le Traité d’Interdiction Complète des Essais nucléaires (TICE), dans l’attente de son entrée en vigueur

Comment détecter un essai nucléaire à distance ?

Les essais nucléaires, de par la considérable énergie qu’ils dégagent, engendrent des signatures physiques que l’on peut, de nos jours, détecter à des distances très éloignées du lieu de l’explosion, et avec des délais qui correspondent au temps de ‘trajet’ de ces signatures :

  • Quasiment instantanément par la lumière ou le rayonnement émis ;
  • De quelques secondes à quelques minutes pour les ondes sismiques générées ;
  • Un peu plus pour le ‘bruit’ détectable dans la gamme des infrasons dans l’atmosphère ou grâce aux ondes hydroacoustiques dans les océans ;
  • Plusieurs heures a plusieurs jours si des particules radioactives sont relâchées et transportées par les vents.

Le TICE a retenu quatre méthodes pour détecter les signatures d’éventuels essais nucléaires : sismique, infrasons, hydroacoustique, radionucléides Ces méthodes sont complémentaires en fonction du milieu dans lequel a eu lieu l’essai : souterrain, aérien ou sous-marin.

  • Un essai nucléaire souterrain crée des ondes sismiques semblables à celles d’un séisme. On peut donc le détecter principalement à l’aide de sismomètres.
  • Un essai nucléaire aérien n’interagissant que très peu avec le sol, les ondes sismiques sont moins utiles. En revanche, on peut mesurer les perturbations acoustiques qu’il génère dans l’atmosphère (infrasons). Pour cela, on utilise alors des micro-baromètres. On peut également mesurer les produits radioactifs dispersés dans l’atmosphère lors de l’explosion. Des stations de détection recueillent les particules en suspension dans l’atmosphère et signalent la présence de certains éléments radioactifs caractéristiques d’une explosion nucléaire.
  • Un essai nucléaire sous-marin engendre des ondes acoustiques qui peuvent se propager à très grande distance dans l’eau. Pour le détecter, on utilise des hydrophones. Lorsque ces ondes sont transmises à la terre ferme, des stations de détection sismique prennent le relais et détectent les ondes acoustiques converties en ondes sismiques.

Le réseau de détection de l’Organisation du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (OTICE) fonctionne en continu. Ainsi, les données transmises par ce réseau international sont mise à la disposition des Etats signataires qui peuvent en faire l’analyse dans leur Centre National de Données (CND). L´OTICE a aussi un Centre International de Données (CID) à Vienne qui traite et analyse les données. Le CID met également à disposition des Etats ses analyses (appelés produits) : par exemple, pour une immense majorité ‘’d’évènements sismiques ‘’ on a à faire à un tremblement de terre, dont l’OTICE fournit les coordonnées spatiales et temporelles, ainsi que la magnitude.

Qu’est-ce qu’une inspection sur place ?

Si le réseau de détection de l’OTICE est largement opérationel, un autre instrument prévu par le TICE ne pourra être mis en oeuvre qu’une fois celui-ci entré en vigueur. Il s’agit des inspections sur place.

Grands principes d’une inspection sur place

Une inspection sur place (ISP) constitue la mesure de vérification finale effectuée pour s’assurer qu’un État-Partie se conforme aux exigences du TICE, sans possibilité de s’y soustraire. Aussi est-ce un outil dissuasif pour tout contrevenant potentiel de tenter de mener des explosions nucléaires clandestines, car avant la vérification du respect du TICE par un Etat, cet instrument renforce la confiance dans le traité et le contrôle des Etats.

Les dispositions du traité préservent un équilibre entre le droit d’un État-Partie à protéger sa sécurité nationale et la maximisation des chances de succès d’une ISP approfondie. Ainsi, l’État partie inspecté doit fournir un accès complet à la zone d’inspection et donner toute l’assistance nécessaire à l’équipe d’inspection pour mener à bien ses activités ; l’équipe d’inspection, pour sa part, s’efforce de procéder à l’inspection sans causer de perturbations excessives pour l’État partie inspecté. En outre et sur demande, l’équipe doit partager toutes les informations, les données et les échantillons avec l’État inspecté.

Autre contrainte, le traité met l’accent sur la vitesse, car la fenêtre de temps au cours de laquelle certains éléments de preuve concluante d’une violation du Traité peuvent être obtenus est étroite. Par exemple, l’apparition de répliques sismiques après un événement, diminue avec chaque jour qui passe. De même, les éléments radioactifs spécifiques, à savoir les particules et les gaz nobles, se dissipent rapidement en raison de leur demi- vie relativement courte.
Aussi, les lignes directrices sur la durée d’une inspection sur place sont explicites. L’équipe d’inspection doit soumettre un premier rapport d’étape dans les 25 jours après l’approbation de l’inspection par le Conseil exécutif. Sauf si la majorité des membres de ce conseil décide de mettre fin à l’inspection, elle peut durer jusqu’à 60 jours, voire dans des cas exceptionnels et lorsque l’équipe considère cette extension nécessaire, ce délai peut être prolongé de 70 jours pour un total maximum de durée de 130 jours.

Ces exigences s’appliquent également à la zone d’inspection, fixée à un maximum de 1000 km ², zone que les différentes techniques déployées doivent permettre de réduire.

Le traité exige un rapport qui sera préparé peu de temps après la conclusion de l’inspection. Ce rapport résume les conclusions de l’inspection sur la base duquel le Conseil d’administration procède à une évaluation finale quant à savoir si le traité a été violé, à savoir si effectivement une explosion nucléaire a eu lieu.

La sensibilité politique des inspections sur place trouve une autre expression dans le traité quand il traite les demandes d’inspection sur place injustifiées. Dans le cas où une demande d’inspection sur place se révèle être « frivole ou abusive », l’État Partie requérant peut être soumis à des mesures assez strictes, comme payer les frais des préparatifs engagés.

L’élaboration du manuel opérationnel

Une inspection sur place est une opération de grande envergure nécessitant préparation et mise en œuvre prudente, qui passe par l’examen approfondi des procédures et techniques dans des expériences de terrain, des exercices de simulation sur table, des séminaires et stages de formation.

En parallèle de ces travaux conduits par le Secrétariat Technique Provisoire (STP) suivant les recommandations de la commission préparatoire, il faut également que les États signataires s’accordent sur le manuel opérationnel qui fournira des procédures détaillées pour tous les aspects opérationnels, techniques et administratifs d’une inspection sur place, déclinant de manière pratique les dispositions prévues par le Traité. La rédaction du projet de manuel opérationnel OSI est une tâche prioritaire de la Commission préparatoire de l’OTICE.

Pour que ce manuel opérationnel devienne le document de référence pour la conduite des inspections, les États parties doivent approuver le projet final lors de la première session de la Conférence des États Parties, soit 30 jours après l’entrée en vigueur du traité.

Les exercices conduits par l’OTICE

En Septembre 2008, l’OTICE a effectué son premier exercice intégré, baptisé IFE08 pour Integrated Field Exercise 2008. Il reste pour l’instant l’exercice le plus important ayant été conduit par l’organisation.

À la 36ème session de la commission préparatoire, les États signataires ont demandé au STP en charge du Traité d’organiser en 2014 un exercice visant à démontrer une certaine capacité à conduire une inspection sur place dans un pays suspecté d’avoir effectué un essai nucléaire clandestin, outil de vérification prévu par le traité (article IV, chapitre D). Cet exercice est exceptionnel par son coût (10 millions d’€), sa durée (plus de cinq semaines), et le nombre de participants (près de 200). Baptisé IFE014, il est prévu du 2 novembre au 9 décembre 2014 en Jordanie, dans une zone d’exercice d’environ 1000 km2 (soit celle retenue par le Traité).

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Dernière modification : 29/10/2014

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