Représentation permanente de la France auprès de l'Office des Nations Unies et des Organisations internationales à Vienne
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Décoration

Remise des insignes de Chevalier de l’Ordre national de la Légion d’Honneur à Madame Florence MANGIN, Ambassadrice, Représentante permanente de la France auprès de l’Office des Nations Unies et des Organisations internationales à Vienne.

M. Jacques DELORS a remis les insignes de Chevalier de l’Ordre national de la Légion d’Honneur à Mme Florence MANGIN, à Paris, au Palais des Affaires étrangères, le 29 novembre 2010.

Madame l'Ambassadrice Florence Mangin et Monsieur Jacques Delors

Discours de M. Jacques Delors :

Madame l’Ambassadrice, chère Florence Mangin, Monsieur le Secrétaire général, Excellences, Mesdames, Messieurs,

Nous sommes heureux, nous, vos amis, vos collègues, de nous retrouver pour vous témoigner notre estime et notre amitié. En vous décorant aujourd’hui, je pense à tous ces hauts fonctionnaires qui, croyez-en mon expérience, font l’honneur de la France. Comment l’expliquer, sans tomber dans l’autosatisfaction ou la flatterie ? Il me semble, faits à l’appui, que le renom de la France, son influence, notamment dans l’Union européenne, sont dus, en bonne partie, à l’art de servir de nos fonctionnaires, toutes administrations confondues. Il s’agit bien entendu de la compétence mais pas seulement. Il demeure, dans notre pays, en dépit des attractions diverses du secteur dit privé, des femmes et des hommes fidèles à la tradition de leurs ainés, ceux des « golden sixties », fiers de servir la France, l’Etat et les citoyens. Ce goût de servir, qui va au-delà de la conscience professionnelle, je l’ai ressenti dans mes échanges et séances de travail avec des militants du service public. Il n’est pas étonnant, lorsque l’on vous connait un peu, que vous, Florence Mangin, ayez choisi le service de l’Etat, dans le fil direct de cette inspiration et de cet héritage. Après vos études au lycée Victor Hugo, vous optez pour l’histoire, l’Europe et la politique, entendue comme le gouvernement des hommes et l’administration des choses. Vous obtenez une maîtrise d’histoire à l’Université Paris I Sorbonne, le certificat du Centre Universitaire des études européennes à Paris IV Sorbonne, et en 1983 le diplôme de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris. Ainsi armée, vous entrez au Ministère des Affaires étrangères en 1984, devenez premier Secrétaire à l’Ambassade de France à Abidjan. C’est le moment pour vous de franchir un nouvel échelon en étant reçue au concours de l’Ecole Nationale d’Administration. Nantie de ce diplôme, vous voilà plongée dans l’Europe : chargée de mission au Secrétariat général d’Eurêka, institution française qui stimule la coopération scientifique entre européens. Puis, retour au Quai d’Orsay, à la sous-direction de la politique communautaire, ce qui vous vaut d’être chargée ensuite des dossiers relatifs aux marché intérieur, de 1996 à 1997, à la Représentation permanente de la France auprès de l’Union européenne. Florence Mangin, diplomate, s’affirme alors comme militante convaincue de la construction européenne. C’est ainsi que de 1997 à 2002, elle opèrera comme conseillère technique au cabinet du Premier ministre. Elle sera alors en pleine confrontation avec les grands problèmes que pose à la France la poursuite de la construction européenne, depuis le compromis réalisé pour la mise en œuvre de l’Euro jusqu’à la Convention européenne et au nouveau Traité. Il faudra, un jour, revenir clairement sur ces épisodes de la politique européenne de la France, au surplus dans le contexte franco-français de la cohabitation. Florence Mangin a, pendant cette période, beaucoup appris, follement travaillé et, me semble-t-il, forgé sa personnalité de militante européenne de premier plan. Les élections présidentielles passées, Florence Mangin revient au ministère des Affaires étrangères, avant d’être nommée Ministre conseillère à l’Ambassade de France à Rome. Militant toujours en faveur de l’union des Européens, j’ai pu apprécier le formidable travail réalisé durant cette période d’août 2004 à décembre 2008. Maîtrisant parfaitement les dossiers complexes de la société italienne et, surtout, de sa vie politique, Florence a construit un itinéraire conforme à la fois aux intérêts français et à la tradition pro-européenne de nombreux dirigeants italiens, politiques, chefs d’entreprise, spécialistes. De l’ouvrage bien fait qui eût mérité plus de reconnaissance. Mais tout haut fonctionnaire du Quai d’Orsay qui se respecte repart toujours à l’ouvrage. Elle se passionne pour sa nouvelle mission, à Vienne, en tant que Représentante permanente de la France auprès de l’ONU et des organisations internationales. Une curiosité intellectuelle toujours en éveil, une aptitude à l’écoute et au dialogue, un sens élevé du service public, je dois le répéter, font de Florence Mangin un haut fonctionnaire exceptionnel. L’adjectif est-il trop fort ? Non, car elle demeure, à la fois, diplomate et militante. Certes, comme je le dis souvent, la construction européenne n’est pas un long fleuve tranquille. Mail il n’y a pas de fatalité à ce que cette grande aventure de notre temps s’essouffle ou change de vocation ni de nature. Telle est la conviction de certains d’entre nous, à commencer par Florence Mangin. Ces propos sont tenus dans une période difficile pour notre Europe. Et ce n’est pas le lieu ni le moment pour tirer les leçons de cette crise pas seulement financière et internationale mais aussi européenne. Mais l’espoir et la conviction sont toujours là, et je le devine, aussi chez Florence Mangin. Belle motivation que celle-ci, pour qu’avec son mari Pino, ses parents – si fiers à juste titre de leur fille – sa famille, ses amis, nous lui rendions un juste hommage pour ce qu’elle est, pour ce qu’elle fait.

Madame Florence Mangin, au nom du Président de la République, et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons Chevalier de l’Ordre national de la Légion d’Honneur.

Réponse de Mme Florence Mangin

Monsieur le Président, cher Jacques Delors, Monsieur le Secrétaire général, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Chers collègues, chers amis, Ma chère famille, cher Pino,

Je souhaite tout d’abord remercier du fond du cœur chacune et chacun d’entre vous, alors que vous avez tous des emplois du temps très chargés, d’avoir accepté de vous extraire de vos responsabilités pour partager ensemble ce moment, par nature un peu formel, mais que je ressens emprunt d’amitié précisément du fait de votre présence ici ce soir. Je voudrais également exprimer ma reconnaissance à Monsieur le Secrétaire Général, cher Pierre Sellal, qui a bien voulu accepter que cette cérémonie se déroulât dans ce cadre magnifique et unique, siège du Ministère mais aussi symbole de notre Europe puisque ce salon des Beauvais surplombe, à quelques mètres près, celui dit de l’Horloge qui a vu s’engager la première étape de la construction européenne avec la déclaration de Robert Schuman en 1950 et la signature du traité CECA l’année suivante. C’est donc un lieu que j’ai choisi pour vous, cher Président Delors, qui me faites l’immense honneur et l’amitié de présider à cette cérémonie, vous dont la personnalité et l’action déployée donnent un sens profond et singulier à ce moment. J’y suis d’autant plus sensible que vous êtes loin d’être un passionné de ce type de manifestation. J’ai été très émue par les propos que vous venez de tenir à mon endroit et je vous en remercie du fond du cœur. Sans me livrer à un exercice d’introspection qui ne serait pas de mise et qui, de surcroit, ne me ressemble guère, votre assemblée éminemment européenne m’invite à tenter de définir devant vous ce qui caractérise ma passion pour l’engagement européen. Tout d’abord, à l’évidence, la curiosité de l’autre : à cet égard, qu’il me soit permis de rendre hommage à mes parents, Anne et Claude, témoignage qu’il est paradoxalement parfois plus aisé d’exprimer en public, pour nous avoir fait découvrir depuis notre plus jeune âge, avec mes frères François, qui est avec nous ce soir avec sa famille, et Benoît, l’extraordinaire diversité des pays d’Europe par de nombreux voyages, à une époque où les enfants ne voyageaient pas autant qu’aujourd’hui ; ces pérégrinations ont enrichi notre vision du monde et ont aiguisé l’envie de connaitre et de comprendre ce qui est différent de nous et qui en même temps nous ressemble. En second lieu, ma passion d’Europe a un lien intime avec la rencontre et l’échange. Construction par essence empirique et sans cesse en devenir, l’Europe n’a rien de scientifique et d’arrêté mais est le fruit d’un incessant dialogue et d’une perpétuelle mise en question. J’ai personnellement expérimenté dans les années quatre-vingt ce goût pour le débat au sein du club de réflexion que vous aviez créé, Monsieur le Président, « échanges et projets », où la question européenne était omniprésente, posée dans un esprit à la fois volontariste et de questionnement. Aujourd’hui, c’est le même intérêt pour la réflexion et la recherche de sens qui anime l’association « Europartenaires », sous la direction toute en nuances d’Elisabeth Guigou et de Jean-Noël Jeanneney, et je remercie vivement Jean-Noël de nous faire l’amitié d’être venu partager ce moment ce soir. Ces débats, comme ceux que la fondation « Notre Europe » organise, sont précieux car ils permettent de mieux comprendre les évolutions en cours et nous donnent les moyens de tenter de les infléchir, plutôt que les subir. Cette nécessité du débat n’a rien de théorique. Il n’est que de se rappeler les conséquences néfastes de l’absence de débat démocratique préliminaire au dernier élargissement de l’Union et les malentendus profonds que ce manque a créé, dont les traces sont encore bien vivantes aujourd’hui. En troisième lieu, la conviction que la conscience du passé est nécessaire à la construction de l’avenir. Et ce n’est pas seulement mon intérêt pour l’histoire, aiguisé désormais par les recherches de Pino, qui me fait dire cela. C’est le souvenir et le rappel constant des raisons qui ont conduit à l’édification européenne, plus jamais l’horreur de la guerre et de l’anéantissement de l’autre, qui forgent la dynamique toujours fragile de ce que nous avons en partage aujourd’hui à 27 pays, celui d’un destin commun. Et le malaise actuel de l’aventure européenne vient, entre autre chose, de ce que les valeurs fondatrices de l’Europe, - et je reprends vos termes Monsieur Delors - le pardon et la promesse, ne sont pas assez mises en avant. Il ne s’agit certes pas de tomber dans un passéisme passif, mais au contraire de retrouver un élan permettant de construire un projet politique d’union et de solidarité au nom précisément de la mémoire de ce passé terrible fait de divisions et de nationalismes destructeurs. De ce point de vue, à partir du bel exemple de manuel d’histoire franco-allemande paru il y a quelques années, il serait utile que l’idée de se constituer une mémoire commune à l’Europe puisse prospérer et se concrétiser. Elle aiderait à une meilleure compréhension entre les peuples d’Europe et, partant, une plus grande capacité à construire ensemble. Enfin, un équilibre incessant entre idéalisme et pragmatisme caractérise l’engagement européen, plus encore que sur un terrain strictement national. Cette tension permanente entre le respect de la diversité et le dépassement des singularités pour un projet commun oblige à conjuguer ambition et réalisme, comme nous l’ont montré les pères fondateurs de l’Europe, selon lesquels ce sont les projets concrets, réalisés les uns après les autres, qui nourrissent l’objectif d’une Europe politique. Quand tout juste arrivé à la tête de la Commission européenne, Monsieur le Président, vous lancez l’objectif 1992 du Marché unique, c’est parce que c’était le seul objectif susceptible à l’époque de réunir l’unanimité des Etats pour sortir de l’impasse dans laquelle se trouvait alors l’Europe. Cette approche pragmatique ne vous empêche nullement de recommander plus tard, face à d’autres moments d’hésitations, un sursaut très ambitieux, je pense à votre plaidoyer pour une avant-garde européenne. Ces éléments qui forgent l’engagement européen paraissent bien banals et évidents quand on les énonce. Mais, et c’est aussi banal de le souligner, ils ne se retrouvent qu’imparfaitement dans la réalité. De ma fenêtre viennoise, dans une famille onusienne qui compte près de 200 membres, je vois une Europe formelle mais qui ne se pense pas et ne se projette pas comme telle. Je ne sais si Catherine Colonna, Ambassadrice auprès de l’UNESCO et je tiens à la remercier pour sa fidélité à ce type de cérémonie, vit la même réalité à Paris. A Vienne, l’Union européenne est un donateur financier très significatif, arrivant presque toujours au premier rang, que ce soit pour le développement industriel, pour la lutte contre la drogue et le crime ou pour l’énergie nucléaire ; si elle fait de grandes déclarations de principe à chaque réunion importante, elle n’est pas pour autant considérée comme un acteur à part entière et ce, car elle n’est pas perçue comme une entité dotée d’une politique spécifique. Vous avez, Monsieur le Président, prônée depuis 2006 l’idée d’une communauté européenne de l’énergie. Si l’Europe avait une véritable stratégie énergétique, alors elle aurait une crédibilité, elle serait une vraie force de proposition et pèserait dans les négociations à l’ONUDI ou à l’AIEA, ce qui n’est pas le cas à ce jour. Pour exister pleinement aux yeux de leurs partenaires africains, américains, arabes ou asiatiques, les Européens doivent avoir de la politique à promouvoir. Cela dit, je suis consciente que le moment n’est pas le meilleur pour avoir un grand optimisme sur le devenir de l’Europe. Et vous savez tous mieux que moi le parcours d’obstacles que nous devons franchir jour après jour. Mais vous me permettrez d’être encore une fois opiniâtre et de croire toujours à la construction d’un destin politique pour l’Europe, comme l’a fait et continue de le faire inlassablement et de façon exemplaire, notre maitre à tous, Monsieur le Président Jacques Delors.

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